Passage des Miracles – Naguib Mahfouz
Chapitres 10, 11 et 14
Chapitre 10 :
Le chapitre 10 nous présente la deuxième
rencontre d’Abbas Al-Helou et de Hamida après celle de la Darrassa dans
laquelle elle l’avait poussé. Au début du chapitre, Al-Helou se prépare,
s’habille convenablement pour impressionner Hamida. Il l’a suit dans sa
promenade avec ses amies et lui demande de quitter la Darrassa pour Al-Azhar
afin d’être plus en sécurité. Il lui avoue directement qu’il l’aime en plein
courage, mais ne reçoit aucune réponse d’elle jusqu’à ce qu’il lui dit qu’il va rejoindre l’armée anglaise pour gagner de
l’argent. A ce point, Hamida commence à lui répondre et à donner d’intérêt à ce qu’il dit. Après
une conversation assez chargée et des reproches de la part d’Al-Helou, ils se séparent
pour gagner l’impasse.
Les thèmes de ce chapitre sont l ‘amour,
l’ascension sociale et l’égoïsme ou plutôt l’opportunisme. Ces thèmes sont exploités
dans ce chapitre à travers les personnages
de Hamida et de Abbas.
Tout d’abord, l’amour est exprimé de la part
d’Al-Helou qui avoue son amour pour elle : « Je t’aime. Je
t’aime depuis longtemps. Je t’aime plus que tu n’aimes ta mère. » p. 127.
Il est prêt à tout faire pour gagner
son cœur même si cela signifie laisser son passé et recommencer tout de
nouveau. Pourtant, l’amour qu’exprime Hamida n’est pas du même niveau. Nous ne
pouvons pas qualifier même ses sentiments d’ « amour » ou d’intérêt
à Abbas étant donné qu’elle s’est intéressés a
lui seulement quand elle a vu en lui une fortune probable. Ceci désigne le thème
d’opportunisme qui est exploité à travers Hamida,
une jeune fille qui représente la pensée traditionnelle des filles de cette époque.
Nous avons ainsi le thème de l’ascension sociale qui est présentée à travers le vœu d’Abbas de rejoindre l’armée : « Je
vais rejoindre l’armée anglaise et peut être me sera-t-il donné de réussir
comme a réussi ton frère Hussein » p. 129.
Les personnages qui apparaissent dans ce
chapitre sont Al-Helou, Hamida et le père Kamil mais qui ne possède pas tant de
signifiance dans ce chapitre.
En premier lieu, nous remarquons des traits de
caractère qui sont nouveaux aux personnage d’Abbas Al-Helou qui sont le
dynamisme et le fait qu’il a décidé d’être courageux et un preneur de risques
puisque pour lui sortir de l’impasse est un grand défit. Ainsi, le caractère
dynamique récent de Abbas est mis en contraste avec celui encore amorphe,
passif et « endormi » de Kamil qui présente l’impasse endormie malgré
le dynamisme et l’évolution d’un de ses habitants.
En revanche, le personnage de Hamida semble évoluer
lorsqu’on remarque sont intérêt à Abbas, pourtant
ce n’est qu’un piège puisqu’elle ne s’intéresse en lui que lorsqu’il commence à vouloir s’enrichir. Elle garde en elle donc un caractère assez
opportuniste et matérialiste.
En outre, grâce l’omniscience du narrateur,
les pensés des personnages sont révélés et nous remarquons que les ambitions de
Hamida et d’Al-Helou ne sont pas de la même nature, pourtant se croisent.
Nous pouvons remarquer que ce chapitre compte
un peu plus de dialogues et conversations que ceux qu’ils l’ont précédé en
faisant preuve d’une interaction plus grande entre les personnages qui ainsi
fait référence au nouveau caractère d’Abbas. Nous pouvons designer que le
passage clé de ce chapitre est lorsque Abbas déclare son amour à Hamida et cette dernière ne s’intéresse qu’au fait qu’il fera fortune.
Chapitre 11 :
Oumm Hamida ne pouvant plus supporter
l’attitude de son mari et décide de rendre visite à Sayidd Ridwane à qui les mots sont pris en
considération afin qu’il essaye de parler avec Karcha. Oumm Hussein lui exprime
ses craints et la situation honteuse dans laquelle elle se trouve. Sayidd
Ridwane n’a pas voulu interférer entre le couple pourtant lui a promis de
parler avec Karcha. La deuxième moitié du livre présente la conversation entre
Al-Husseini et Karcha.
Au début, Karcha niait tout ce que Ridwane lui
rapprochait mais arrivant à un point, la colère s’empare de lui et il
commence à être mécontent du fait que Al Husseini comme
tant d’autres interviennent dans la vie personnelle des autres. A la fin,
Al-Husseini ne parvient pas à atteindre son but
étant donné que Karcha rentre chez lui avec le même point de vue.
Le 11eme chapitre nous présente en fait une
lutte entre la religion et le désir qui sont présentes comme les deux thèmes
essentiels du chapitre. En effet, la religion est présentée à travers Ridwane tandis que le désir à travers Karcha. Etant dans une société musulmane, l’attitude de Karcha
est désapprouvée et est hors question. C’est pour cette raison que Ridwane
s’oppose à ses actes. Cette lute qui est entre la religion
et le désir sexuel est présente et est amplifiée par le fait que Ridwane
qualifie cela d’une attitude inspirée du démon. Naguib Mahfouz nous illustre un
début des hommes religieux qui interfèrent dans la vie des autres en ne tolérant
pas tout ce qui est hors des normes religieuses ou nouveau.
Nous avons 3 personnages principaux dans le
chapitre étudié : Tout d’abord, Oumm Hussein qui apparaît seulement dans
la première moitié du livre. Nous remarquons que son caractère a surtout évolué
dans ce chapitre. En effet, le caractère rude et fort s’est progressivement effacé
avec le fait qu’elle supplie Al-Husseini pour de l’aide, nous remarquons donc à quel point elle souffre de l’attitude de son
mari : « Oumm Hussein ne connaissait pas l’hésitation et ne s’était
jamais laissé affaiblir par le respect humain. C’était une femme capable de méchanceté
et d’effronterie et aucune des femmes de l’impasse ne la dépassait en énergie »
p. 137. Donc nous remarquons à quel point son caractère
change parce qu’elle en a eu assez avec son mari. Le deuxième personnage est
Al-Husseini qui apparaît le long du chapitre, il est l’homme religieux et saint
de l’impasse et donc les habitants de l’impasse lui demande de
l’aide : « tu es l’homme vertueux de l’impasse, tu es un homme
de bien et de bénédiction » p. 137. Les mots d’Oumm Hussein donne à cet homme un caractère assez divin.
Le troisième personnage est celui de Karcha
qui est présent essentiellement dans la deuxième moitié du chapitre. Il est
dans une position défensive aux reproches du Sayyidd Al-Husseini et il se met
en colère très rapidement ce qui en fait implique qu’il ne veut pas avouer la vérité
et le fait qu’un homme de tant pudeur le critique, surement le rend dans un état
d’embarras qui se transforme en une colère. Ses sentiments ou plutôt son caractère
évolue même au sein du chapitre en page 141 : « inclina la tête
et dit avec une grande politesse » mais en page
147 : « quitta la maison du Sayidd furieux, maudissant tout le
monde, l’impasse et le Sayid Ridwane ».
Focalisons-nous sur le cadre spatio-temporel,
nous remarquons un nouveau lieu introduit dans l’histoire, c’est celui de la
maison du Sayidd Ridwane. Tout d’abord, la porte de sa maison est décrite de
ses même traits de caractère « porte vertueuse » p.134. Egalement, la
description de sa chambre fait référence à un homme saint et
religieux ainsi qu’un savant (le livre et la lampe de gaz). On lie donc la
religion au savoir.
Faisons référence à la société dans laquelle on se trouve, l’homme le plus sage et qui possède
le plus de connaissance est celui qui est le plus prés de Dieu. Nous remarquons
que la conversation entre Ridwane et Karcha présente nettement la lutte entre
le désir et la religion. A la fin de celle-là, le lecteur s’attend à ce que la religion soit victorieuse cependant il se surprend qu’elle
ne l’est pas.
Nous pouvons remarquer qu’appart l’utilisation
du dialogue et la conversation assez directe entre les personnages,
l’omniscience joue de nouveau un rôle assez pertinent et révélateur de plusieurs
pensées personnelles. En effet, cela est mis en évidence lors de la conversation
entre Karcha et Sayid : Karcha nie qu’il sache de quoi Ridwane parle,
pourtant le lecteur est capable de comprendre à quoi il pense vraiment : « Pourquoi le sayidd ne se
repose-t-il pas et ne laisse-t-il pas les autres tranquilles ? Le cafetier
secoua la tête, embarrassé. Puis il dit d’une voix baisse : - Je ne
comprends rien Sayidd Ridwane ».
Chapitre 14 :
Abbas Al-Helou a quitté l’impasse pour Tel
Al-Kebir. Hussein Karcha qui l’avait inspiré lui-même veut ainsi quitter définitivement
l’impasse étant donné qu’il trouve que sa vie ici lui est insupportable. Il
parle à sa mère qui se met en colère et lui dit qu’il
est surement devenu fou. Hussein ainsi prend comme prétexte pour quitter
l’impasse, l’image et la réputation de sa famille surtout après l’enfuit de
Hamida sa sœur de lait et l’affaire de son père avec le garçon.
Les parents de Hussein ne voient pas d’intérêt
à ce qu’il dit, ils pensent qu’il est devenu fou.
Hussein ne se convainc ni des mots de son père ni ceux de sa mère et se
rattache toutefois à l’idée de quitter la
maison. Son père le gifle et Hussein quitte.
Ce chapitre présentes essentiellement les
difficultés que rencontre un individu voulant sortir de l’impasse. Naguib
Mahfouz présente clairement une lutte entre le modernisme et la tradition qui
sont les deux thèmes essentiels avec l’ascension sociale. En effet, une lutte
entre le modernisme et la tradition est présentée tout au long du chapitre à travers Hussein et ses parents. Hussein voulant atteindre une
ascension sociale, ne voit rien dans l’impasse qui peut lui offrir une vie
meilleure, il veut donc s’échapper de cette misère : « Pourquoi
nous envie-t-on ? Pour notre déception si vive ? Pour nos
scandales ? Pour notre misère ? ». p.169. En revanche, ses parents décrivent ses actes par
la folie étant donné que selon eux, il ne peut pas changer sa vie, il a
toujours vécu ici et vivra : « Mais tu es sale. Comment donc
veux-tu devenir propre » p. 173. C’est comme si l’ascension sociale pour
eux n’existait que dans tout ce qui est de fiction. L’auteur symbolise donc les
parents comme étant des gardes de la tradition qui ne veulent pas laisser aller
leur fils qui cherche le modernisme et la richesse dans le monde extérieur. En
outre, nous pouvons remarquer que le modernisme dont Hussein est en train de
chercher est lié toutefois au matérialisme. En effet, l’auteur met en contraste
le modernisme et le matérialisme quand Karcha dit à son fils : « L’électricité ! Est-ce pour l’électricité
que tu quittes la maison ? » p. 172. A partir de cette citation, nous remarquons
l’insignifiance de la raison pour laquelle Hussein veut quitter. Il préfère
laisser sa famille, ses traditions et sa maison pour une richesse éphémère et
un élément assez négligeable à coté des
traditions précieuses.
Considérons les lecteurs de cette époque
faisant partie d’une culture Arabe et plus précisément égyptienne, le fait de
quitter la maison avant le mariage n’est pas accepté. Pour cela, quand Hussein déclare
qu’il veut partir, ses parents commencent à douter qu’ils ont été fautifs à sa
part : « T’avons-nous jamais demandé un seul
millime ? » p.171. Ils ne peuvent jamais comprendre qu’il souhaite
quitter afin de renouveler sa vie. Cette idée n’est non seulement refusée par
les parents, mais ils ne parviennent même pas à la comprendre. Cependant, si nous considérons que les lecteurs ne font
pas partie de cette culture, le fait de quitter la maison des parents est tout à fait normal et même exigé dans quelques sociétés. Donc, pour eux, la colère
des parents qui se traduit à la fin par une
gifle n’a pas de sens.
Le long de ce chapitre, nous remarquons la présence
de 3 personnages : Oumm Hussein, Karcha et Hussein. Tout d’abord, Oumm
Hussein se trouve dans un état assez fragile, elle n’a pas de pouvoir suffisant
pour interdire les désirs de son fils. Nous remarquons en fait que le caractère
de cette femme qui était auparavant puissant se détériore progressivement,
notamment à cause du scandale concernant l’attitude hors
norme de son mari et s’ajoutant à cela le fait que
son fils veut les quitter.
Passant à Karcha, ce
dernier possède un caractère qui semble être indifférent au fait que son fils
quitte : « C’est donc pour ça que je quitte mon travail ? C’est donc pour ça que je monte cent marches ? Ah ! Fils de chien. Pourquoi le
gouvernement punit-il ceux qui tuent des gens comme vous ? » p.169.
Pourtant, ses vrais sentiments se révèlent
avec la gifle qu’il a donné à son fils. En
effet, ce dernier exprime la colère et la tristesse étant donné que le fait que
son fils quitte sa maison est honteux pour lui, il a probablement sentit de la pitié
envers lui-même : après tout ce qu’il a fait pour son fils, ce dernier
veut le laisser. Pourtant, il ne laisse apparaître qu’un caractère assez froid.
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